Elizabeth était une femme de caractère, élevée dans la plus pure tradition anglaise. Excellente maîtresse de maison, elle accomplissait son ouvrage de la seule manière qui soit pour une anglaise, la meilleure. Elle était mariée à George, son époux depuis bientôt 25 ans et tout se passait bien entre eux. George, directeur d'une entreprise d'import-export, était un bel homme malgré ses cinquante printemps. Il gardait la forme en faisant du sport aussi régulièrement que possible.

En bonne maîtresse de maison, Elizabeth s'occupait bien de son mari. Il était toujours impeccable pour aller travailler, tiré à quatre épingles comme il se plaisait à dire. Il pouvait revenir à tout moment à la maison avec un client ou un riche industriel accompagné de sa femme, il trouvait toujours la maison dans un état impeccable, bien rangée, sols briqués, poussières aspirées, linges nettoyés. Georges était allergique à la poussière et avait le rhume des foins. Elle lui évitait donc de nombreux désagréments à ce sujet. Mais par-dessus tout, ce qui faisait la fierté de son mari, c'était qu'Elizabeth était une prodigieuse cuisinière. Jamais il ne l'avait vue rater une recette, se couper en épluchant un légume, courir vers le four en criant, ou même devoir réchauffer un plat un peu froid. Tout était à chaque fois parfait. Il y avait toujours un plat délicieux à servir à ses invités.  Elle était douée pour ça, comme pour tout le reste d'ailleurs.

La porte du bureau claque, quelle journée de merde. Le patron toujours sur mon dos, des collègues plus fainéants que moi. Cette conne de la banque, pour me dire que mon compte est dans le négatif. Comme si je ne le savais pas déjà !

J’ai besoin de me détendre, oui mais comment ? Une bonne bière dans le petit bistro d’en face, cette nympho de la librairie… Non ! J’ai pas envie de tout ça, je sais de quoi j’ai envie ! Mon regard se pose sur ma nouvelle acquisition, une M3 de chez BMW. Une véritable ode à la route, 343 ch, une puissance de 365 Nm, de 0 à 100 km/h en 5.2 secondes, le tout pour une vitesse maximale de 250 km/h.

Je m’installe aux commandes du bolide flambant neuf. Mmmh… ça sent bon le cuir… J’enclenche le siège chauffant car ça caille dehors pour le moment. Une onde de chaleur commence à m'envahir le cul. Ils sont trop forts ces Allemands ! J’appuie sur le bouton. Contact. Eh oui, c’est fini les vieilles clés. Il faut vivre avec son temps mon gars, vive l’ère de l’électronique. Tout se fait via une carte magnétique et j’ai fait installer ce fameux système car-jacking avec reconnaissance sur empreintes digitales. Ouais, elle m’a coûté une fortune cette caisse mais c’est pas juste une voiture. C’est la prolongation de mon phallus ! Bah quoi, c’est pas ce que disent les femmes !

Je sortis dans la rue et me retrouvai exposé à l'air libre. Immédiatement, le soleil posa ses rayons chauds et accueillants sur moi, me réchauffant le corps et l'esprit dans cette fin de journée automnale. Je me sentais ragaillardi par cette fraîche petite brise qui me décoiffait légèrement. C'était une belle journée pour la saison et elle allait vraiment devenir enrichissante. Ce jour était un grand jour car c'était le jour du jeu de rôle chez Benoit.

Et pas n'importe quel jeu de rôle, l'appel de Cthulhu. C'était déjà la troisième session d'un scénario extraordinaire question ambiance avec une immersion dans un univers glauque et torturé. Comment ne pas aimer jouer des personnages qui doivent se dépatouiller dans des situations surnaturelles à la limite de la folie ? J'avais hâte de me retrouver à cette table, il me semblait qu'il s'était écoulé une éternité depuis notre dernière session.

Et comme si ce n'était pas déjà assez intéressant, Benoit avait mis les petits plats dans les grands ! Musiques d'ambiance, projection d'images nous plongeant dans un sanatorium aussi mystérieux que flippant, accessoires de décoration hétéroclites marquant admirablement l'époque troublée dans laquelle se déroulait le jeu. Bref, on allait passer une super soirée.