Elizabeth était une femme de caractère, élevée dans la plus pure tradition anglaise. Excellente maîtresse de maison, elle accomplissait son ouvrage de la seule manière qui soit pour une anglaise, la meilleure. Elle était mariée à George, son époux depuis bientôt 25 ans et tout se passait bien entre eux. George, directeur d'une entreprise d'import-export, était un bel homme malgré ses cinquante printemps. Il gardait la forme en faisant du sport aussi régulièrement que possible.

En bonne maîtresse de maison, Elizabeth s'occupait bien de son mari. Il était toujours impeccable pour aller travailler, tiré à quatre épingles comme il se plaisait à dire. Il pouvait revenir à tout moment à la maison avec un client ou un riche industriel accompagné de sa femme, il trouvait toujours la maison dans un état impeccable, bien rangée, sols briqués, poussières aspirées, linges nettoyés. Georges était allergique à la poussière et avait le rhume des foins. Elle lui évitait donc de nombreux désagréments à ce sujet. Mais par-dessus tout, ce qui faisait la fierté de son mari, c'était qu'Elizabeth était une prodigieuse cuisinière. Jamais il ne l'avait vue rater une recette, se couper en épluchant un légume, courir vers le four en criant, ou même devoir réchauffer un plat un peu froid. Tout était à chaque fois parfait. Il y avait toujours un plat délicieux à servir à ses invités.  Elle était douée pour ça, comme pour tout le reste d'ailleurs.

De son côté, Elizabeth était profondément amoureuse de son époux et il lui rendait bien. Tous deux filaient le parfait amour dans leur belle et grande villa du bord de mer.

Le matin, lorsqu'il se levait, George trouvait ses vêtements lavés de la veille, impeccablement repassés dans la salle de bain. Chemise, cravate et veston assortis, bien entendu. Sur le palier, des odeurs aguichantes de pain chaud venaient lui lécher les narines. Une fois en bas, il trouvait son épouse affairée dans la cuisine, le petit déjeuner servi dans une assiette de leur plus beau service, son café bien chaud dans sa tasse préférée, le journal du matin ouvert à la page des sports. Comme tous les matins, elle lui rajustait sa cravate, car il n'avait jamais été doué pour ça, elle lui tendait son attaché case et, une fois que le klaxon du taxi qui venait le chercher tous les matins avait retenti, elle l'embrassait longuement et lui souhaitait une bonne journée.

Une fois son époux parti, elle prenait la voiture, laissée par George pour qu'elle possède une parfaite autonomie. Elle commençait le tour des magasins, pour ramener la meilleure nourriture et les plus beaux vêtements pour son mari. Elle prenait son temps, elle ne voulait pas que l'on trouve la moindre chose à redire. Elle était comme ça Elizabeth, on ne la changerait pas.

Un jour, alors qu'elle s'occupait de la lessive des vêtements de la semaine, elle trouva quelque chose dans la poche droite du pantalon de George, celle dans laquelle il laissait toujours un ou deux mouchoirs usagés, à cause de son allergie. Dans un mouchoir, elle découvrit un tout petit morceau d'emballage plastique. Elle avait failli ne pas le voir tellement il était bien caché dans le mouchoir chiffonné. Il ne s'agissait pas de n'importe quel emballage, c'était celui qui servait à emballer les préservatifs. Elizabeth savait les reconnaître, car régulièrement elle en achetait à la pharmacie pour son neveu de 18 ans qui en était encore au stade de la timidité vis à vis de la pharmacienne et de ses clients. La présence d'un tel objet dans la poche du pantalon de son mari ne pouvait être qu'une erreur et il devait y avoir une explication rationnelle. Oui, il devait y en avoir une, pour sûr.

Elle lui en parlerait ce soir, à son retour du travail. Il lui donnerait l'explication et ensemble ils riraient du quiproquo.
Comme tous les jours ces derniers temps, George revint plus tard à la maison. Son repas l'attendait, chaud et délicieux comme toujours, car quand il avait du retard, il prévenait toujours Elizabeth. Oui, il était comme ça George, parfait en tout point. Mais cette fois il était contrarié. Des problèmes au boulot. Il ne voulait pas en parler. Ils mangèrent sans pratiquement se parler et Elizabeth décida de ne pas partager sa découverte du matin. George avait visiblement déjà assez de problèmes comme ça et elle ne voulait pas le tracasser davantage, d'autant plus que ce n'était sûrement rien.

Durant la nuit, Elizabeth eut du mal à trouver le sommeil. Cette découverte l'inquiétait. Et si son mari avait... Non c'était impossible, pas George, il était si parfait ! Elle finit par s'endormir, rassurée.

Au petit matin, comme tous les matins depuis leur rencontre, il trouva ses vêtements lavés de la veille, impeccablement repassés dans la salle de bain. Chemise, cravate et veston assortis. Sur le palier, des odeurs aguichantes de pain chaud vinrent lui lécher les narines. Une fois en bas, il trouva son épouse affairée dans la cuisine, le petit déjeuner servi dans une assiette de leur plus beau service, son café bien chaud dans sa tasse préférée, le journal du matin ouvert à la page des sports. Avant de sortir de la maison, elle lui rajusta sa cravate, car il n'avait jamais été doué pour ça, elle lui tendit son attaché case et, une fois que le Klaxon du taxi retentit, elle l'embrassa longuement et lui souhaita une bonne journée. Mais il écourta le baiser.

Elle prit la voiture et partit faire les magasins, mais le cœur n'y était pas. Elle arpentait les rayons sans vraiment les regarder et remplissait son panier de courses avec des mouvements robotisés. Elizabeth doutait. Elle devait en avoir le cœur net. Elle écourta son périple dans les magasins et alla jusqu'au bureau de son mari. Elle se gara non loin de là et fut ravie de constater que George était bien à son bureau. On le voyait de dos de la fenêtre du premier étage du bâtiment commercial dans lequel il travaillait. Dire qu'Elizabeth s'en trouva soudain soulagée fut loin du compte. Elle revivait, littéralement !
Comment avait-elle pu douter de lui ? Elle en éprouva soudain une certaine honte. Une épouse aimante devait faire confiance à son époux, quoi qu'il lui en coûte.

A l'instant même où elle allait rebrousser chemin et retourner à ses courses, une femme entra dans le bureau de son mari. Elizabeth ne l'avait jamais vue auparavant. Et pourtant elle connaissait tous les membres de la société sur le bout des doigts. Elle accompagnait toujours son mari lors des soirées ou autres drinks organisés par l'entreprise. C'était une jeune femme plutôt jolie, long cheveux blonds et visage fin. Une large sourire lui taillait les traits. Elle était habillée d'un tailleur élégant et de chaussures à talons d'une bonne dizaine de centimètres. Elizabeth avait toujours eu le plus profond respect pour ces femmes qui s'équipaient d'une telle hauteur de talon pour aller travailler. Elle-même en était incapable tellement ça lui faisait mal au dos en fin de journée. Mais son respect pour cette femme prit fin en même temps qu'elle fit le tour du bureau de George, s'assit sur ses jambes et l'embrassa passionnément.

Elizabeth était anéantie. Si, jusqu'à présent, elle avait pu se mentir a elle-même, c'était désormais terminé. Son mari, son cher George, le pilier de son existence, la trompait avec la première minaudière venue. Son pilier venait de s'écrouler. Ses mains se serrèrent sur le volant de leur voiture familiale, jusqu'à en avoir les jointures blanches. Lentement, elle prit conscience que désormais, rien ne serait plus pareil, le monde avait changé. Son monde. Sa vision se brouilla au fur et à mesure que ses yeux s'emplissaient de larmes. Elle se mît a pleurer abondamment et gémit de désespoir en reniflant de manière saccadée. Elle n'osait plus regarder à la fenêtre de son mari. Chaque coup d'œil dans cette direction lui enfonçait un peu plus le poignard qu'elle venait de recevoir en plein cœur. Elle resta là, assise dans sa voiture, dans la même position, la tête posée sur le volant, durant un bon quart d'heure.

Mais Elizabeth était une femme forte. Elle avait reçu une éducation très stricte qui ne laissait pas la place aux lamentations. Elle se saisit d'un mouchoir du paquet situé dans la boîte à gants et s'essuya les yeux et les joues. Elle se moucha également. Elle n'allait pas laisser cette fille, bien plus jeune qu'elle, lui prendre son mari aussi facilement. Elle allait se battre, lui reprendre ce qui lui revenait de droit. Elle allait avoir une sérieuse discussion avec cette inconnue. Après tout, elle ignorait peut être que George était heureux en ménage. Elle allait lui expliquer la situation. Qu'elle n'était qu'une passade dans la vie de son mari. Un passe-temps éphémère.

A l'aide du rétroviseur central, Elizabeth entreprit de se remaquiller et se recoiffer. Elle croisa son propre regard dans le miroir et y lut une détermination sans faille. Elle savait ce qu'elle allait faire. Elle avait un plan.

Elle attendit patiemment que la fille reparte du bureau et que la matinée de travail de son mari se termine et, lorsqu'il quitta le bâtiment pour aller dîner, elle le suivit. Il monta dans une voiture sortie du parking. C'est la blonde qui conduisait. Ainsi donc, il passait son temps de midi avec elle et se faisait conduire. Elle lui avait donc à ce point empoisonné l'esprit pour qu'il en arrive à une telle mascarade et ne mange pas la nourriture qu'Elizabeth lui préparait chaque jour pour son repas de midi. Peu importe, après la conversation qu'elle envisageait d'avoir avec la jeune femme, son mari lui reviendrait de droit. Ente femmes de bonne condition, on pouvait toujours s'expliquer.

Elle les suivit donc à bonne distance, comme elle avait pu le voir dans les séries américaines. Mais ce n'était pas si simple, il y avait du trafic et elle les perdait de vue durant de brefs instants. Elle transpirait tellement elle sentait monter le stress lors de sa filature et ses mains étaient moites et glissaient de temps en temps du volant. Elle manqua de perdre le contrôle de la voiture. Heureusement, leur destination n'était pas située bien loin et elle put enfin voir à quoi ressemblait la maison de la maîtresse de son mari.

C'était une belle villa quatre façades située dans un quartier huppé de la ville. Sacré George, elle avait beau lui en vouloir pour cet écart de conduite, elle reconnaissait bien là les goûts de son mari pour la bourgeoisie anglaise. C'est ce qui l'avait toujours attiré chez elle, il ne s'en cachait pas. Elizabeth attendit le temps qu'il fallut, et elle savait être patiente. C'était même sa principale qualité. Un taxi entra dans son champs de vision. Quelle chance, apparemment la blonde avait pris son après-midi de congé et George devait rentrer au bureau par ses propres moyens. C'était parfait, elle avait là une opportunité à saisir pour discuter de vive voix avec sa concurrente. Lorsqu'enfin son mari sortit de la maison, elle attendit que le taxi l'emmenant à son travail se soit éloigné avec George à son bord pour ouvrir la portière de sa voiture et avança d'un pas décidé vers la villa de la blonde. Elle actionna la sonnette qui retentit dans toute l'habitation. Des bruits de pas de chaussures à talons se firent entendre à travers la porte de chêne. On déverrouilla la porte et celle-ci s'ouvrit sur une très jolie jeune femme.

Elizabeth se présenta et expliqua la situation à la jeune femme qui s'appelait Sabrina. Elle l'invita à entrer. La conversation se déroula sans aucun problème et fut rapidement menée à son terme car Elizabeth, en bonne anglaise de bonne famille, sût trouver les mots justes pour ce genre de situation. Elle parvint à obtenir de Sabrina que celle-ci ne s'immisce plus jamais dans la vie de son mari. Elle repartit ragaillardie par cette rencontre et, quelque part, cette victoire aussi. Elle put donc rentrer sereinement à la maison, non sans être préalablement allée chercher les aliments pour agrémenter leur repas du soir. Durant le voyage du retour, elle décida de ne pas parler de tout ça à son mari. A quoi bon après tout ? Elle s'était assurée que cette histoire ne serait qu'un écart de conduite et que ça ne se reproduirait plus. Inutile de donner du soucis a George. Il s'en remettrait bien vite car Elizabeth envisageait de tout faire pour lui faire oublier Sabrina.

Le soir venu, George trouva une Elizabeth superbement apprêtée, table dressée avec les couverts pour les grandes occasions et dîner aux senteurs parfumées exhalant du four. Devant l'étonnement de son mari Elizabeth lui expliqua qu'elle l'aimait plus que tout au monde et qu'elle voulait célébrer cela avec lui, sans occasion particulière. George était ravi. Il s'installa à table.

Cela faisait maintenant une bonne heure qu'ils avaient commencé à manger et George était aux anges. Il passait un moment merveilleux. A cet instant-là, il se rendait vraiment compte à quel point il avait une femme admirable. Toujours aux petits soins pour lui, toujours bien habillée, toujours de bonne compagnie et ce, même lors des soirées mondaines auxquelles il l'emmenait et où elle devait parfois s'ennuyer prodigieusement. Au cours de cette heure, ils entamèrent une longue discussion sur leur couple, sur ce qu'ils avaient accomplis. Et George eut soudain honte de lui, de ce qu'il avait fait. De son écart de conduite. Il ne pouvait pas faire subir ça a son épouse. Il ne pouvait pas lui montrer cet aspect de lui en état de faiblesse, en proie à la tentation. Il avait fait une erreur avec cette Sabrina. Il ne pouvait plus continuer cette pseudo-relation, il devait y mettre un terme. Demain, il lui dirait que tout est terminé. Et il ne dirait rien a Elizabeth. Elle ne saurait jamais. C'était mieux comme ça. Il possédait une perle d'épouse aimante et raffinée. Elle était vraiment prodigieuse. Et ce repas, un délice, comme d'habitude. Il lui redemanda une portion de ce rôti, délicieux à en tomber.

Elizabeth était fière d'elle. Elle voyait bien que George lui était revenu. Il faisait toujours cette tête lorsqu'il était heureux. Il ne lui avait fallu qu'une heure de conversation, une belle robe et un délicieux repas dont elle avait le secret pour le ramener sur le chemin de leur amour. Et comme si ça ne suffisait pas, il faisait honneur à la table en lui redemandant de son rôti. Tout était parfait.

Elle lui resservit un morceau de Sabrina.