S’il y a bien une chose que mon père m’a appris, c’est de vivre incognito.  Voilà des années que je me cache dans cette ville miteuse où tout est possible, Sanctuaire.  Pour mes contacts habituels, je suis un jeune Caronnese qui a fui son pays quand sa famille tomba en disgrâce.  Un bon mensonge se doit d’être simple et de préférence peu partagé.  Ce cloaque est idéal pour la discrétion. La plupart des gens du coin préfèrent éviter de parler de leur passé.  Mais surtout, l'histoire doit être plausible ! J’ai donc appris l’accent de Caronne, les habitudes vestimentaires et leur manière très spécifique de se tenir en société. 

En réalité, mon père était un brave S'danzo. Oui mon gars ! Ceux-là même qui sont resté en retrait pour surveiller Dyareela et son culte maléfique.  Je ne sais pas pourquoi mon père a voulu faire ça, et franchement, quand on voit ce que ça lui a rapporté, je me demande s’il a fait réellement le bon choix. Oui, tu as remarqué que j’en parle au passé… Il est mort depuis deux ans maintenant. Pardon ? Ah non, ce n’est pas le culte de Dyareela qui a fini par avoir sa peau. Mon père, c’était un rogner et un jour, il est tout simplement tombé sur plus malin que lui. Je ne sais pas trop ce qui s’est passé mais je sais qu'un Nabob et ses amis lui ont fait la peau. Le venger ? Pourquoi faire ? Tu sais… Je n’ai pas cet esprit-là.  Mon père a essayé de rouler le Nabob et il s’est fait avoir, fin de l’histoire. Quand on joue, il faut savoir perdre. 

Nightfall

Quelque part dans les rues des bas quartiers de Gulltown (Goëville en Fr).

L’air empeste le poisson et la graisse que l’on étend sur les coques des bateaux. Les murs dans toute cette zone de la ville sont gras et humides, tout y est rongé par les embruns, le sable et le sel venus de la mer.
La misère est partout et plus encore dans le regard de cet orphelin. Nul ne sait quel âge il a vraiment, pas même lui. Il ne connaît que ces rues et la vie rude qu’elles imposent. Il ne joue jamais avec les autres orphelins, il n’est pourtant pas plus âgé qu’eux. Mais son regard n’est déjà plus celui d’un enfant. Se battre jour et nuit pour sa vie est son unique préoccupation.

Ce soir, n’ayant rien trouvé à manger depuis quelques jours, le garçon aux yeux gris s’était couché dans un coin à l'abri du vent mais il avait négligé sa sécurité. Rongé par la faim, il avait oublié les priorités… Réveillé par le rire gras d’un quadragénaire, il était trop tard pour fuir.
Parfois, le soir, dans ces rues, certains hommes inaptes à la pêche, trop pauvres pour se payer les services des dames de compagnie, se mettent en chasse d’un exutoire à leur portée.

John est né à Liverpool, dans une famille de soldats de père en fils sur trois générations. Jeune homme talentueux, il aurait pu suivre n’importe quelles études et devenir probablement l’un des hommes les plus connus de son siècle. Mais c’était sans compter sur son impétuosité qui l'a toujours empêché de rester en place. Ses connaissances actuelles, il les doit à l’expérimentation sur le terrain et non aux longues heures d'études dans un bureau fermé. 

Par exemple, ses connaissances en chimie lui viennent de son grand-père maternel, Isaac Barrown, ancien professeur reconverti dans la production de Dry Gin à Plymouth. John avait l’habitude d’aller passer les vacances d’été chez eux et son grand-père le mettait toujours à contribution. La curiosité de John, combinée à la passion de son grand-père, lui permit d'apprendre rapidement ses rudiments en chimie.

Mon nom est Jovani Giovanni, fils d’un illustre inconnu provenant d’une petite ville du nom de Nahant, non loin de Boston. Je ne suis même pas sûr qu’on puisse qualifier Nahant de ville, contrairement à ce que les autochtones disent. Nahant est d’ailleurs pratiquement une île qui communique avec le continent par une étroite bande de terre. Oui, j’ai grandi dans l’un de ces nombreux trous perdus américains qui semblent rester coincés dans le siècle dernier. Pas d’électricité, pas de voiture à part pour les plus nantis et peu d’espoir excepté un dur labeur pour les jeunes générations. C’est pour ça que j’ai quitté ma ville natale sans un sou en poche, certes, mais dans le but de réussir là où mon immigré de père avait raté sa vie.

Mes terres sont situées non loin de la frontière de Reizh. Enfin, je dis mes terres, mais je devrais plutôt dire les propriétés de Père. Notre lieu de résidence est un endroit pouilleux balayé par les vents et la pluie. Notre maison seigneuriale est une tour en bois rectangulaire haute de plusieurs étages qui assure aussi bien la surveillance et la protection d’une poignée de villageois que notre habitation. Je n’ai aucun don pour le dessin mais père avait payé 1 Daol d’azur pour cette fresque représentant notre « chef-lieu ».

- “J’en ai marre de cette chaleur…”

- “On n'a pas le choix Esther… il faut faire avec...”

Josephine s’habille en regardant sa soeur allongée sur le lit.
Elle est hypnotisée par les marques sur le dos d’Esther, ce salopard a bien mérité ce qui est arrivé. Évidemment depuis l’incident il faut vivre à deux dans ce taudis étouffant.