Mes terres sont situées non loin de la frontière de Reizh. Enfin, je dis mes terres, mais je devrais plutôt dire les propriétés de Père. Notre lieu de résidence est un endroit pouilleux balayé par les vents et la pluie. Notre maison seigneuriale est une tour en bois rectangulaire haute de plusieurs étages qui assure aussi bien la surveillance et la protection d’une poignée de villageois que notre habitation. Je n’ai aucun don pour le dessin mais père avait payé 1 Daol d’azur pour cette fresque représentant notre « chef-lieu ».

MotteDain
Auteur: Dain, Fred Lipari

Parlons un peu de Père, Lord Aberthol. Cet homme acerbe a depuis longtemps oublié tous les plaisirs du monde. Proche du fanatisme, il ne jure que par le Dieu Unique, depuis la mort de Mère, Dame Muriel Karnag. Pourtant, j’ai beau y penser, je n’y vois aucun signe divin mais uniquement de la tristesse et un énorme sentiment de gâchis.

Elle nous a quittés dans l’incendie du donjon et j’ai bien failli y passer également. Ce jour-là, cinq personnes sont mortes dans les flammes. Le feu s’est déclaré durant la nuit sans que nous en sachions réellement la raison. J’ai été sauvé de justesse par l’un des gardes en faction sur la palissade, un dénommé Drogon Guivarch. A cette époque, ma petite chambre était située à côté de celle de mes parents, le donjon était encore fait de pierre. Je me souviens m’être réveillé au plus fort de l’incendie alors que la fumée était suffocante et la chaleur insupportable. J’avais huit ans mais je me souviens comme si c’était hier des cris de Mère et du visage providentiel de Drogon venant à mon secours.

Tout finit par se reconstruire mais Mère n’était plus là pour le voir et je crois qu’elle aurait détesté cette nouvelle maison. Notre manque de liquidité et la pauvreté de la région nous a obligés à reconstruire le donjon en bois… Nous sommes désormais dans l’incapacité de tenir un quelconque siège.

A la mort de Mère, Père a changé pour toujours… Je n’étais encore qu’un enfant à cette époque et je me suis très vite retrouvé obligé de suivre une éducation religieuse. Comment croire en un Dieu alors qu’au fond de soi, on le tient responsable de tout ceci… Aujourd’hui, Père a transformé notre maison en un lieu saint où nos gens vivent sous la peur constante de faire une erreur et d’être déclarés hérétiques. Je crains de le dire mais il a déjà fait clouer plus d’un voyageur laissant leur corps aux corbeaux en guise d’exemple. Je crois qu’il sombre chaque hiver un peu plus loin dans la folie… Si seulement il pouvait se décider à mourir d’une belle mort… Je finis par craindre qu’il me survive ou pire qu’il lègue nos terres à l’église.

Ma famille est ancienne et possède notre baronnie depuis des lustres. Fidèles au Dieu unique, mes aïeux furent impliqués dans la guerre du temple aussi bien par vassalité que par conviction. Nous payâmes d’ailleurs un lourd tribut à la guerre avec la mort de mon grand-père et de mes oncles. Seul Père survécut à la guerre mais plus parce qu’il n'était qu'un enfant que pour toute autre raison. Notre baronnie fut le témoin de nombreuses batailles de par sa situation au cœur des trois royaumes et cela transforma nos terres en désolation. Désormais, le climat actuel et les choix de Père ne nous donnent pas les dispositions nécessaires pour inverser la situation. Nos terres se meurent et je semble être le seul à m’en rendre compte…

Il y a maintenant neuf ans, j’ai pris pour épouse la fille unique du fief voisin. Cette union devait nous permettre d’étendre nos terres et de m’offrir un fils héritier. Il n’en résulta rien du tout ! Ma femme Creirwy est incapable d’enfanter. J’aurais pu lui pardonner si seulement elle méritait son nom, mais c’est loin d’être le cas. La nature ne l’a pas réellement gâtée et on ne peut pas dire que son esprit relève le tout. Il me reste, pour me consoler, l’opportunité d’acquérir ses terres à la mort de son père… Voilà l'unique intérêt de ce mariage. Pour être totalement honnête avec moi-même, je n’en peux plus de ce mariage stérile et de cette vie froide et monotone. Depuis quelques temps, j’envisage de partir pour d’autres contrées et de laisser tout ceci derrière moi. Il me serait facile de répudier mon épouse et de partir en quête d’un terreau plus fertile. Quant à Père, il se débrouille très bien sans moi ! Je n’ai de toute manière rien à dire sur le domaine.

Ce n’est pas la première fois que je choisirais une autre route de toute manière ! Je le fis après mon service d’Ost quand j’eus l’opportunité de rentrer sous les ordres du seigneur Mac Snor. J’aurais pu faire une belle carrière ou du moins obtenir une place de choix parmi ses troupes mais à l’époque, je ne me sentais pas prêt.

J’ai beaucoup de temps pour être oisif mais, au lieu de me pencher vers l’alcool qui manque cruellement chez nous, j’ai opté pour l’épée. Je m’entraine corps et âme à la perfection de mon art et manque rarement de prendre part à une joute quand j’ai la chance de me rendre à un tournoi. Ce qui, avouons-le, est plutôt rare à cause de Père… Au début, j’avais bien réussi à lui faire croire que j’y allais pour la Gloire du Dieu Unique et avec l’espoir d’être remarqué par ses chevaliers mais avec les années, la ruse ne prend plus.

Il me reste donc les escarmouches que nous avons dans la région avec les voisins mais elles sont rares… Et par chance, si on en croit les histoires, nous n’intéressons que peu les Féondas. Tout ça pour dire que je manque essentiellement d’adversaires pour me dépasser.

DrustanSquire
Auteur: Treijim

Depuis l’hiver passé, j’ai pris comme écuyer Drustan, un jeune garçon du village. Il a encore beaucoup à apprendre mais il est volontaire et puis, avouons-le, moi aussi, j'ai bien des choses à comprendre. C’est la première fois que j’ai un écuyer et je crois que nous avons autant à apprendre l’un que l’autre. J’essaye de le traiter justement et de ne pas faire les mêmes erreurs que Père mais ce n’est pas pour autant que je suis laxiste avec lui. Quand il mérite une raclée, il en reçoit une ! Il a probablement la chance qu’en l’absence de fils, je fonde parfois en lui des espoirs supérieurs aux siens.

BledriMacLochlainn
Auteur: Jonas Jensen

Particularité physique :

Le visage grêlé suite à une maladie que j’ai contractée pendant mon service d’Ost sous le patronat de Mac Snor à Val de Thor. C’était une période funeste pour cette région quand cette épidémie la frappa de plein fouet. Je ne dois mon salut qu’aux moines de Saint Beren qui, avec l’aide de Dieu, purent me sauver d’un destin tragique. Beaucoup de braves trouvèrent la mort à cause de cette maladie et encore aujourd’hui la région en porte les stigmates.

Quelques questions :

Qu'est-ce qui est le plus important pour toi ?

Une question d’une simplicité enfantine mais tellement compliquée dans sa réponse… Si j’étais un autre homme, je crois que j’aurais fait le nécessaire depuis longtemps pour redonner à notre lignée la place qu’elle mérite mais au lieu de ça, je me contente de regarder Père nous entrainer chaque jour plus loin vers l’obscurantisme. Si j’étais un autre homme, j’aurais chassé Creirwy de mon lit pour y loger une dame plus disposée à s’engrosser mais au lieu de ça, je me contente de la besogner sans aucune motivation. Si j’étais un autre homme, j’aurais rejoint un ordre de chevalerie mais au lieu de ça, je reste ici à frapper sur des mannequins en bois… Un jour, peut-être, je serai cet homme mais en attendant, la meilleure solution que j’ai trouvée, c’est la fuite.

Crois-tu en Dieu ?

Je suis beaucoup de choses mais certainement pas un blasphémateur. Oui, je crois en Dieu comme lui croit en moi…

Tires-tu plaisir à te battre ?

Le combat ne laisse aucune place aux réflexions existentielles ! J’aime me battre car à ces instants, j’ai l’impression d’exister ! J’ai l’impression d’être le maître de mon destin et que personne ne pourra m’enlever ce que je suis ! Bien entendu, je ne suis pas le meilleur des combattants mais ça n’a pas beaucoup d’importance à condition d’être fidèle à son épée. Certains me qualifieraient de lâche dans la vie mais je les défie de me répéter ça sur un champ de bataille.

Tu n’aimes pas la chasse ?

La chasse ! T’ai-je parlé que ma baronnie souffre régulièrement de manque de gibier ? Non, je ne chasse pas… Je laisse ça à des gens plus expérimentés que moi. Je n’ai jamais éprouvé de plaisir à tuer un animal même quand c’est pour manger. Et puis, je déteste les arcs… Ces armes qui rendent fort le faible et qui rendent faible le fort sont bonnes pour les conscrits.

As-tu peur de toi ?

Quelle étrange question… Quand je me regarde dans le miroir, je vois un homme aux expressions dures et froides. Quand je parle, je n’entends qu’un homme dénué de sentiments et peu enclin aux changements. Alors qu’ici (je montre mon cœur), je suis semblable au volcan.

 

Crédits :

Image du chevalier : http://jonasjensenart.deviantart.com

Image du garçonnet : http://treijim.deviantart.com

Image de la motte médieval : Dain, Fred Lipari - http://fred73fr.deviantart.com