La lune du solstice d'hiver

WinterSoltice
Auteur: rad-ix

Cette nuit du solstice d’hiver laisse un goût étrange dans la bouche de Grellan Ó Driscoll.
Pourtant, quelques heures plus tôt, tout allait bien. Isleen, sa femme, portait son enfant. Elle riait à gorge déployée en voyant la mine de son époux quand il essayait de deviner si l’enfant allait être un garçon ou une fille. Grellan n’avait pas vraiment d’avis sur la question. Bien sûr, il voulait que son nom perdure, et l’aide d’un fils serait la bienvenue dans le bateau. Mais avoir une fille le réjouissait tout autant.
Maintenant, tous ces bruits et cette effervescence sont retombés. Il gît à genoux dans une mare de sang, le petit corps de son fils enroulé dans le drap de lin que sa mère avait préparé. Seuls les cris des loups appelant la lune quelque part au-dehors brisent le silence de mort. Le petit Faolan regarde son père, déchiré entre la joie et la peine.

La lune du solstice d'hiver

WinterSoltice
Auteur: rad-ix

Cette nuit du solstice d’hiver laisse un goût étrange dans la bouche de Grellan Ó Driscoll.
Pourtant, quelques heures plus tôt, tout allait bien. Isleen, sa femme, portait son enfant. Elle riait à gorge déployée en voyant la mine de son époux quand il essayait de deviner si l’enfant allait être un garçon ou une fille. Grellan n’avait pas vraiment d’avis sur la question. Bien sûr, il voulait que son nom perdure, et l’aide d’un fils serait la bienvenue dans le bateau. Mais avoir une fille le réjouissait tout autant.
Maintenant, tous ces bruits et cette effervescence sont retombés. Il gît à genoux dans une mare de sang, le petit corps de son fils enroulé dans le drap de lin que sa mère avait préparé. Seuls les cris des loups appelant la lune quelque part au-dehors brisent le silence de mort. Le petit Faolan regarde son père, déchiré entre la joie et la peine.

L’étoile de l’enfance

Faolan

Faolan est un enfant soucieux et souvent anxieux. Son père, se noyant littéralement dans le travail pour ne pas penser à sa peine, lui demande de temps en temps une aide qu’il apporte volontier. Mais dès qu’il le peut, le jeune garçon préfère s’évader dans les espaces sauvages des environs. La solitude et le bruit de ses pas sont ses plus fidèles amis. Faolan aime se perdre dans les bois. Découvrir de nouveaux bosquets, trouver une piste de gibier et la suivre dans le seul but d’atteindre une clairière inexplorée. Tout cela devient alors une raison de vivre. Il recoupe toutes ces pistes dans sa tête et une cartographie bien à lui se trace tout doucement dans son esprit. Mais les surprises sont de plus en plus rares. Son père lui impose bien sûr de rentrer avant le coucher du soleil. Faolan connaît à présent par coeur les routes et chemins à moins d’une demi-journée de marche de la maison familiale.
Cette maison, dans la quelle Faloan se sent tellement à l’étroit, est posée au bord de l’eau. Le petit hameau se trouve à une heure de marche de Lochvarn et les habitants, presque tous pêcheurs, se contentent généralement de ce qui les entoure. L’enfant, lui, se sent irrémédiablement attiré par la forêt. La route qui s’y enfonce hante les rêves du garçon.

Il fera sa part

Quand vient l’heure de réaliser son service d’ost, Faolan choisit sans hésiter la charge de coursier. Sa connaissance et sa rapidité d’apprentissage des routes, chemins et pistes lui permettent de réaliser ses commandes à une rapidité déconcertante. Son éternelle solitude et l’exemplarité de ses courses lui attirent rapidement les mauvaises grâces de ses camarades. Régulièrement bousculé, il finit par apprendre à se défendre et ses prouesses à l’arc calment les vauriens. Mais Faolan s’enferme de plus en plus dans l’isolement et le silence.
Il souffre de se trouver sous un toit et ne sait plus dormir autrement qu’à l’extérieur. Le sentiment d’étouffer l’envahit quand le silence d’une maison l’entoure. Il a besoin d’espace et des bruits de la nature.

Un jour, lors d’une froide matinée, le jeune homme sent une ombre derrière lui alors qu’il est en chemin pour la dernière course de son service. Un peu morose à l’idée de quitter ces petits voyages, il n’en est pas moins heureux de bientôt retrouver son père et les routes de son enfance. Mais cette impression d’être suivi le gêne et il se décide rapidement à fausser compagnie à l’importun.

Il connaît très bien le chemin sur lequel il se trouve. Se sentant en danger, il n’hésite pas une seconde et s’enfonce directement dans les fourrés. Il marche plusieurs minutes avant de faire un virage à gauche pour se retrouver devant un empilement d’énormes blocs de roche. Cet obstacle abrupt demande un peu d’escalade mais Faolan sait qu’en marchant encore quelques minutes il pourra alors s’aider d’un vieil arbre s’appuyant sur le flanc de l'aspérité. Il presse le pas et, quand il arrive à hauteur de l’arbre, il prend un peu d’élan. Faolan se sert du tronc pour entamer une course, lui faisant ainsi gagner de précieuses minutes. Arrivé en haut de l’obstacle il sait qu’il faut continuer tout droit pour tomber sur une étroite rivière dont le lit est tapissé de petites algues vertes. Ces algues ont tendance à s’étaler sur la roche humide et forment un tapis glissant redoutable pour tous ceux qui s’y risquent. Une fois arrivé au bord de l’eau, Faolan longe la rivière jusqu’à la petite cascade qui tombe dans un lac qui borde la petite ville de Cloda. La cascade est plus une pente qu’une réelle chute d’eau. Le garçon sort alors la petite couverture qu’il emporte toujours avec lui. Il y enroule ses jambes et s’assied sur la berge rocheuse couverte d’algues. En deux coups de rein il prend rapidement une bonne accélération et la descente en plus d’être rapide est follement amusante. Il avait découvert ce raccourci alors qu’il cherchait un coin où se désaltérer. Il avait alors glissé par mégarde et avait bien failli tout dégringoler.

Beaucoup de ceux qui se rendent à la ville de Cloda par la route pensent emprunter le seul chemin. Cette route serpente pour descendre du flanc de la colline. Mais en glissant le long de la berge du ruisseau on gagne une bonne demi-heure en échange de quelques contusions.
Une fois arrivé en bas, Faolan secoue sa couverture pour enlever le plus gros des débris et la replie pour la remettre dans son sac.
- Quel est ton nom, trouveur de chemins?
L’homme qui se tient devant lui porte tous les signes du voyage. Le teint brûlé par le froid et le soleil, la voix rouillée par des journées de silence, les chausses usées par des semaines de marche. L’inconnu arbore une chevelure et une barbe broussailleuses. Bien que usés par une évidente vie à l’extérieur, ses vêtement sont soignés et en ordre. Emprunt de beaucoup de prestance et de froideur, l’homme porte un regard curieux sur l’enfant.
Faolan ne l’a jamais vu dans la région et il en est persuadé, c’est l’ombre qu’il a senti sur la route. Comment ce fort gaillard avait-il pu arriver avant lui. A moins d’être un cheval lancé au galop, nul n’aurait pu arriver en si peu de temps par la route.
Ne voulant pas faire répéter son interlocuteur et pressé de s’en éloigner, le jeune homme s’empresse de répondre:
- Je suis Faolan fils de Grellan Ó Driscoll. Je suis coursier en service d’ost. Désolé monsieur, mais je dois délivrer un message le plus rapidement possible.
L’homme laisse alors apparaître un petit sourire en coin.
- Si tel est ton devoir, vas-y, Faolan fils de Grellan

Rassuré Faolan fonce à travers la ville pour atteindre l’auberge “Le coq enterré” et enfin se libérer de son service.


Quel chemin choisis-tu d’emprunter ?

L’aube pointe à peine et la terre fume encore de cette horrible nuit. L’odeur de la chair calcinée empeste dans toute la région. Cette route, qui l'a vu grandir, a été le théâtre d’un massacre sans nom.
La petite maison, dans laquelle il se sentait tellement à l’étroit, se résume maintenant à quelques gravats fumants. Partout, la mort et la désolation ont recouvert le petit village de pêcheurs. Lui qui s'attendait à être accueilli à bras ouverts par un père aimant se retrouve face à la vérité sanglante de la solitude. Un état qu’il connaît bien, mais cette fois avec un goût amer.

C’est sans se retourner qu’il avance lentement vers la forêt. Comme toujours, c’est elle qui va l’accueillir et le réconforter. Il avance sans décider où il va. En s’enfonçant de plus en plus dans l'univers verdoyant, les pensées de Faolan se perdent. C’est subitement qu’il s'arrête à un embranchement. Devant lui se dresse l’homme qu’il avait croisé à Cloda. Celui-ci lui porte un regard bienveillant.

- Tu te trouves devant un choix à faire, Faolan fils de Grellan. Peut-être devrais-tu prendre le temps de choisir la bonne décision.
- Peu importe la destination, tant que la route est longue!
- Mais la route n’a pas de sens si on ne lui attribue pas un début et une fin…
- Qui êtes-vous et que voulez-vous? Vous êtes là pour vous divertir de mon malheur?
- Je suis là pour te rencontrer Faolan, nos chemins se sont peut-être croisés par hasard, mais ils vont dans la même direction. Nous sommes faits du même bois, je sais ce que tu ressens et je dois te mettre en garde. Si tu laisses le choix de ta route au gré du vent tu finiras tué ou pire, brigand. Tu dois choisir ton chemin et décider ou tu veux qu’il te mène.
- Et vous allez me dire ou je dois aller c’est ça?
- As tu écouté une seconde? Ce choix est le tien, je ne suis là que pour te faire une proposition. As-tu déjà entendu parlé des Varigaux?
Faolan garde le silence. Il sait ce qu’est un varigal. Et étant petit, il a souvent imaginé en être un. Ces souvenirs joyeux et la frustration de se sentir orphelin face à la dureté de la vie lui serrent la gorge. Les yeux brillants, il n’a pas la force de répondre.
- Fait ton choix Faolan… Sache que, si tu me suis, je t’apprendrai tout ce que je sais et que rares sont ceux qui se sont vus offrir une telle proposition.

Le soleil se lève

- Observe et garde le silence, ne pose jamais de question sans avoir cherché la réponse par toi-même.
- Puis-je tout de même connaître votre nom?
- Je me nome Ogust, Ogust Mc Baharn. Et sache que nous allons marcher jusqu’au coucher du soleil aujourd’hui. Donc, épargne ta salive.

Faolan se retourne alors, et, quand il voit que le soleil se lève à peine, il inspire à pleins poumons et un sourire apparaît au coin de ses lèvres.