William "Shadow" Sutton

Issu d'une famille aisée anglaise de 4 enfants, William Sutton dit « Willy » fut le petit dernier. Et ce  n'était pas le plus doué. En tant que petit dernier et seul garçon pour 3 sœurs, Willy était chéri et adulé par sa famille. Ce qui le rendait fainéant et fort dissipé à l'école. Le père, Georges Jr Sutton était un riche industriel qui avait fait fortune dans les mines de Cobalt des colonies anglaises. Revenu au pays, il vivait de ses rentes avec sa femme et ses 4 enfants dans leur immense propriété du Hampshire. Le petit Willy grandissait paisiblement au milieu de ses 3 sœurs et se forgeait un caractère bien trempé, comme tous les gosses de riches. Il aimait la compagnie des autres, qui le considéraient avec les honneurs dus à son rang. Mais ce qu'il aimait le plus, c'était de participer à des parties de cache-cache avec sa famille dans le bois proche de New Forest, le parc national.

Un soir de 1918, lors d'une de ces parties mémorables qui duraient parfois plusieurs heures, le petit Willy, alors âgé de 9 ans s'aventura un peu trop loin au cœur de la forêt. Il ne revint pas de la nuit. Sa famille, inquiète, appela Scotland Yard qui organisa une grande battue. L'enfant fut retrouvé le lendemain soir, complètement désorienté et en état de choc. Mais ce qui frappa le plus les Sutton fut son visage. La moitié de celui-ci semblait avoir vieilli de plusieurs années. Personne ne sut dire à l'époque ce qui était arrivé au petit Willy, pas même l'intéressé, qui ne semblait rien se rappeler de son séjour forcé dans la forêt.

La vie reprit son cours au sein de la famille Sutton, mais les choses n'étaient plus les mêmes. Les traits du visage de l'enfant lui conféraient une expression inquiétante, qui mettaient les gens mal à l'aise en sa présence. Il se renferma peu à peu sur lui-même. Ses proches l'aimaient toujours, mais n'étaient plus très à l'aise en sa compagnie. Le petit garçon si sociable devint petit à petit un paria. Il préférait désormais s'enfermer dans l'immense bibliothèque de son père, qui collectionnait les livres anciens qu'il avait ramené de ses campagnes économiques dans les colonies.  Lui qui au début  détestait lire et s'instruire puisqu'il lui suffirait d'hériter de la fortune familiale, devenait un petit garçon bien trop sage et trop instruit pour son âge. Il se plaisait à ridiculiser ses sœurs quand il s’agissait d'étaler ses connaissances. Il se découvrit également une passion pour les nœuds et tout ce qui touchait à l'usage des cordes. Il passait parfois des heures dans sa chambre à essayer de réaliser les nœuds de bateau les plus complexes qu'il pouvait trouver dans les livres. Pendant toutes ces années, il semblait chercher quelque chose d'autre dans les livres mais sa famille se sut jamais quoi et il se garda bien de le leur dire.

William, au cours des années qui suivirent, devint un surdoué. Jeune érudit, du haut de ses 14 ans, il tenait la dragée haute face aux amis du club de Gentlemen de son père qui venaient lui rendre visite. La nouvelle de l'enfant surdoué au visage de vieil homme, car la moitié de son visage semblait continuer de vieillir, se répandit dans la région suite à un article paru dans The Times.

Les conséquences de cette publicité inattendue ne se firent pas attendre. La nuit du 18 octobre 1923, un groupe de ravisseurs pénétrèrent dans la maison Sutton et enlevèrent le jeune prodige. Il fut drogué et emmené dans un endroit inconnu. Lorsqu'il revint à lui, il était entouré de gens en toges noires et au visage masqué qui entonnaient des chants lugubres. Il était attaché par des cordes à un autel cérémonial et ses ravisseurs voulaient le sacrifier à dieu sait quelle divinité sombre. Il commençait à se sentir fiévreux et savait qu'il allait mourir. Ce qu'il avait lu dans les livres lui revint en mémoire, il s'agissait d'une messe noire. Leur plan était parfait, sauf sur un détail. Les cordes. Il se délia les mains assez facilement et, pendant que les sectateurs semblaient en transe, il laissa parler son instinct et balança l'huile enflammée d'un brasero sur celui qui semblait diriger la messe. Pendant que l'homme hurlait de douleur, il profita de la confusion générale et que la pièce, au plancher de bois, s'emplissait d'une fumée âcre pour prendre la tangente. Une fois sorti, il en profita pour bloquer le seul accès à la salle et laissa ses ravisseurs brûler avec le bâtiment.

Il lui fallut du temps pour retrouver le chemin de sa maison mais y parvint, non sans avoir constaté que désormais, en plus de la moitié de son visage qui ressemblait de plus en plus à du parchemin brûlé, il possédait une mèche de cheveux blanche qui lui retombait sur le front. Lorsqu'il arriva enfin à la maison familiale, son cœur s'arrêta. Elle avait disparu dans un gigantesque incendie. Sa famille et tous les biens avaient brûlé. Il s'enfuit dans les bois. Plus tard, il apprit que la police avait retrouvé le corps de ses sœurs et de sa mère ainsi que d'un enfant de 14 ans. Pas de traces du corps de son père qui avait sans doute été proche du centre bu brasier puisqu'il n'en restait rien.

C'en était trop pour lui, il disparut des écrans radar.

II

Durant deux ans, on ne sut pas vraiment ce qu'il advint du jeune homme. Pour la police, il était officiellement mort dans l'incendie de la maison familiale. Ce fut donc un garçon à l'identité inconnue que Scotland Yard poursuivait deux ans plus tard. Ce garçon, qui avait visiblement fait  de mauvaises fréquentations, était recherché par la police pour voies de fait, agressions et vols. Les policiers manquèrent de peu de lui mettre la main dessus et, pour leur échapper, il embarqua à bord du Koshi Guruma, un cargo à destination du Japon, comme passager clandestin. 

Il ne fallut pas longtemps aux marins pour découvrir la cachette de William. Il fut mis aux fers durant pratiquement toute la traversée, le capitaine du Koshi Guruma étant persuadé que l’apparence du jeune homme pourrait apporter la maladie au sein de l'équipage. Lorsque le cargo jeta l'ancre au Japon, en pleine ère Taishō, le jeune homme était en mauvais état à cause de la malnutrition alors que sa situation était déjà compliquée du fait qu'il était un étranger sans identité. 

Dès son arrivée sur les terres du pays du Soleil-Levant, il fut vendu à un homme du nom de Fujiwara Michiyo. Cet homme violent et vicieux, ancien capitaine de l'armée de terre japonaise s'était forgé une réputation comme Oyabun (chef de famille) du clan Fujiwara des Yakuzas. L'apparence de William, plutôt que de le rebuter, amusa l'Oyabun. Il y voyait un potentiel à exploiter. Comme les Yakuzas recrutaient aussi bien parmi les japonais pure souche que parmi les étrangers, cette mafia choisissant ses membres au mérite plutôt qu'aux origines, William n'eut d'autre choix que de devoir faire ses preuves ou finir la tête tranchée.

Il fut donc intégré malgré lui dans ce qui était considéré à l'époque comme la plus grande organisation criminelle du monde en tant que junkoseiin (apprenti). Durant plusieurs mois, il dut effectuer les pires besognes, à la fois pour tester sa loyauté envers le clan, mais aussi sa résistance physique et morale. Parfois, son apparence le desservait, lorsqu'il s'agissait de tisser des liens sociaux. Parfois, elle l'aidait, notamment lorsqu'il fallait délier des langues et obtenir des informations. Au sein de l'organisation, il rencontra Winston Cameron, un anglais, qui le prit sous son aile et lui apprit les bases de l'organisation criminelle. Au bout des six mois requis, et grâce à son mentor, William eut l'honneur d'être intronisé dans la Famille et participa au Sakazuki. Il devint shatei (petit frère) de l'organisation. 

Ensuite, les missions pour le clan s'enchaînèrent et d'année en année, il gravit lentement les échelons de l'organisation. A l'aide d'un médecin, membre de la Famille et ancien sergent durant la première guerre, il apprit à maîtriser l'hypnose. Il se spécialisa dans l'art de faire parler les gens qui savaient se taire et obtenait toujours les informations qu'il voulait. Prometteur et de plus en plus apprécié de Fujiwara, William reçut un entraînement « spécial », celui des ninjas, soi-disant disparus depuis des siècles. Ses aptitudes à se fondre dans les ombres amenèrent Cameron à lui donner son surnom, « Shadow ». A l'âge de 20 ans, il obtint son premier tatouage du clan, qu'il garde depuis lors toujours secret.

Mais, alors qu'il venait de fêter ses 22 ans, William commit une erreur. Il échoua dans une mission qui devait empêcher de jeter le discrédit que l'Oyubin vis-à-vis d'une relation commerciale importante. La honte pour son chef de clan fut importante et il ordonna à William de subir le shini-yubi (amputation d'un doigt). C'en était trop pour William qui ne supportait pas l'idée d'être encore plus mutilé physiquement. Il s'enfuit à nouveau.

Mais on ne s'échappe pas facilement du Japon et encore moins des griffes des Yakuzas. Il fut rapidement rattrapé par ses pairs. Il fallut l'intervention de son mentor, Winston Cameron, pour qu'il échappe de peu à la mort. Ensemble, il parvinrent à fuir le pays et rentrèrent en Angleterre par la mer.

Durant la traversée, son mentor lui expliqua qu'il était un agent dormant au service de sa Majesté, qu'il était commandant dans la Royal Air Force, détaché dans une section spéciale qui envoyait ses agents au Japon, s'infiltrer dans certaines organisations criminelles. En effet, durant la première guerre mondiale, le Japon, pour des raison évidentes de présence coloniale anglaise aux abords de ses frontières, s'était allié à la Grande-Bretagne. Une fois la guerre terminée, les anglais voyaient là un moyen de conserver un avantage sur le Japon en infiltrant certaines couches de la société nippone. La mission de Cameron était de rapporter des informations aux services de renseignements  de l'armée anglaise sur le fonctionnement de la criminalité japonaise. Comme sa mission touchait à sa fin et que William était dans de sales draps, il prit la décision de l'emmener avec lui. Il avait aussi une idée derrière la tête concernant le jeune homme…