Mon nom est Jovani Giovanni, fils d’un illustre inconnu provenant d’une petite ville du nom de Nahant, non loin de Boston. Je ne suis même pas sûr qu’on puisse qualifier Nahant de ville, contrairement à ce que les autochtones disent. Nahant est d’ailleurs pratiquement une île qui communique avec le continent par une étroite bande de terre. Oui, j’ai grandi dans l’un de ces nombreux trous perdus américains qui semblent rester coincés dans le siècle dernier. Pas d’électricité, pas de voiture à part pour les plus nantis et peu d’espoir excepté un dur labeur pour les jeunes générations. C’est pour ça que j’ai quitté ma ville natale sans un sou en poche, certes, mais dans le but de réussir là où mon immigré de père avait raté sa vie.

Comme j’étais jeune et naïf à l’époque… Je pensais pouvoir faire mieux que mes parents, je pensais pouvoir faire mieux que tous ces cons.  Au final, je ne valais pas beaucoup mieux qu’eux… Je suis arrivé à Boston avec la ferme intention de me faire un nom mais rapidement, j’ai compris qu’aucune porte n’allait s’ouvrir pour moi.  Je me retrouvais dans une situation telle qu’il m’était difficile de trouver un boulot honnête et mal payé afin de régler mon logement et manger à ma faim.

Heureusement, les années 20 proposaient tout un tas d’opportunités pour un jeune débrouillard pas très malin. Et dieu seul sait qu’à l’époque, je n’étais pas très malin ! Mon salut arriva avec l’excellente idée du Volstead Act de 1919. Plus on interdisait l’alcool et plus les gens en voulaient ! Ironie du sort, dans bien des cas, c’était ceux qui avaient réclamé qu’on l’interdise. Cette période a été l’Eldorado pour le crime organisé et je suis malheureusement tombé dans le milieu. Je n’ai jamais brillé mais pendant plus d’un an, j’ai servi d’homme de main pour livrer clandestinement des fûts ou des bouteilles d’alcool.  Je travaillais pour un jeune capo venant de Sicile qui était particulièrement violent et colérique.  L’Omerta m’impose de ne pas en dire plus si je tiens à la vie et à mon honneur. Comme je tiens particulièrement à la première, je ferme ma gueule et je ne prononce même pas son nom.

Cette période fait désormais partie de mon passé et aujourd’hui, j’ai quitté le milieu. Du moins, j’ose le croire mais on raconte qu’on n’arrive jamais à le quitter vraiment… J’ai réussi à décrocher un job honnête et qui me fait parcourir l’Amérique. Je suis vendeur itinérant pour la société Waterman qui fabrique des stylos-plumes de grande qualité.  Mes ventes sont faibles mais je risque moins de me faire éclater la tête par un coup de matraque. Je vis simplement sans femme et sans enfants du moins je n’ai pas connaissance d’en avoir. Quand j’y réfléchis, il est bien possible que j’en ai un ou deux qui traînent dans la région…