Nous sommes probablement des dizaines de milliers à avoir débuté la lecture, seuls, avec un dé et un crayon gomme mâchouillé dans l'obscurité de nos chambres. C'étaient les années 80. Celles de E.T., des Goonies, de nos BMX et des premières boums. 

Un livre dont vous êtes le héros, ça fait saliver comme la madeleine de Proust. Ou comme les galettes de ma grand mère dont la recette se perdra. Ce sont des heures de vie passées à tourner en rond dans un labyrinthe pour chercher le passage secret qu'on a mille fois loupé. Ce sont aussi des combats épiques contre des dragons, des zombies, des mille-pattes, des odieux aliens belliqueux !

Captive
MC et Manuro Makaka Editions,
décembre 2014.
160 Pages
19 EUR

Alors quoi ? Sacrilège !? Des âmes corrompues ont osé sortir une BD dont vous êtes le héros ? Bousculer Steeve Jackson, Sir Ian Livingstone et Franquin par la même occasion ?

Rassure-toi génération X, nul outrage, nulle offense, cet ouvrage est sublime.

L'objet déjà : 15 X 21 cm de sobriété. Un sombre Moulinsart à la Lovecraft vous invite. La quatrième de couverture ne comporte qu'une seule phrase : « Vous seul pouvez la sauver. »
Tout est dit.

A l'intérieur, une petite page de règles dont la maquette, comme griffonnée au bic à quatre couleurs, met les éléments importants du système en évidence. En face, une très sobre feuille de personnage n'attend que votre crayon et votre gomme. C'est trop tentant ! Tournez la page.

Les premières images, un découpage classique qui facilite la lecture. Un éclairage qui évoque les thrillers en BD.  Le dessin est soigné, les angles de vue fixent l'ambiance résolument angoissante. Les premières séquences marquent le contexte, lourd, glauque, oppressant. Excellente entrée en matière.

Donner un avis clair et complet sans spoiler est un exercice compliqué. Sachez simplement que vous allez devoir sauver votre petite fille. Au péril de votre vie.

L'ambiance, sombre à souhait, vous entraîne dans une haletante investigation contre la montre. Car c'est là un des intérêts du livre : le temps est un facteur qui joue en votre défaveur. Vous pouvez être retardés par la recherche d'indice, la lecture de certains éléments d'enquête. Dans ce cas, le nombre de choix qui s'offrent à vous s'amenuise. 

Les indices se cachent dans les cases, petits numéros de pages planqués sur un objet, sur un élément de décor. Et accrochez-vous, à la cinquième lecture-jeu, vous en trouverez encore ! Ceci pourrait ravir les amateurs de jeux d'objets cachés qui foisonnent sur les tablettes. 

Après deux morts horribles et funestes, je suis parti chercher une loupe pour poursuivre. A ce point, oui ! Les indices sont savamment cachés dans les planches. Comme un Sherlock de salon, j'ai repris l'enquête plus confortablement car les annexes, rassemblées à la fin du tome, sont écrites en TOUT PETIT.

La difficulté est au rendez-vous. Plus je mourais et plus mon sourire s'effaçait. Elle vient du fait que nous devons jongler avec le temps, les points de vie et au maximum trois objets emportés. C'est un dilemme terrible de devoir choisir entre une clef et une lampe torche. Surtout lorsqu'on s'est rendu compte que les deux servent. Vous l'aurez compris, j'ai échoué beaucoup ! Et j'ai adoré ça !

BDDVEH

Après cinq essais infructueux, à force d'acharnement prudent, je suis enfin sorti de ce manoir infenal indemne ! La fin du livre vous donne une « feuille de route » pour calculer votre score final. A la lecture des éléments déterminants qui donnent un bonus, vous resterez certainement comme moi sur votre faim, avec une furieuse envie de recommencer. Plus tard ! Car vous n'aviez pas vu ce minuscule numéro, sur le bord du tapis... Si ?

L'ouvrage est à réserver aux grands ados et aux adultes. Certaines scènes sont assez trash et pourraient emmener l'imagination des plus jeunes vers des sentiers sans retour. Amateurs de gore, de surnaturel morbide, de survival horror, vous allez être servis.

Les auteurs ont effectué un travail colossal car, au delà de la narration, du montage et de la BD proprement dite, il y a tous ces indices disséminés au cœur de l’œuvre et ce système d'objets maximum à emporter. Les plus curieux ne manqueront pas de chercher le meilleur chemin pour parvenir à finir l'ouvrage saufs en ayant parcouru le maximum de l'intrigue avec tous ses indices. 

Point d'offense donc à nos plaisirs de jeunesse. Plutôt un prolongement de ce que nous aimions. Plongez sur ce tome impie avant qu'il soit épuisé. S'il n'a pas une durée de vie exceptionnelle en tant que jeu, il a la valeur que vous allez lui conférer lorsque vous le ferez découvrir à vos amis. A lire bien calé dans un fauteuil confortable, avec juste la lumière de l'abat-jour et un soupçon de musique d'ambiance.

Ce que j’ai aimé :

  • L'ambiance avant tout. Un excellent thriller avec une grosse pincée de Lovecraft à la française.
  • Le système de jeu, la gestion du temps qui vous presse à tourner la page.
  • La recherche des indices, d'autres numéros cachés. A la loupe !
  • Le niveau de difficulté, ni trop simple, ni trop complexe.
  • L'objet qui est de toute beauté, sa couverture avec son titre en relief.
  • Une magnifique scène romantique [limite gothique] de rencontre avec un spectre.
  • Les dessins qui servent l'intrigue dans les séquences descriptives comme dans les scènes d'actions.
  • Le côté : LDVELH is not dead

Ce que je n’ai pas aimé :

  • Une seule remarque : Le texte de certaines annexes est vraiment trop PETIT ! Même à la loupe, certaines mots en pattes de mouches ont du mal à être déchiffrés. Mais cela n'entache aucunement l’œuvre et ne nuit pas à l'ensemble.